Gröna Lund

Anders Petersen

Anders Petersen

 

Texte d’Arnaud Cottebrune

Format 21×28 cm

96 pages

Photographies noir et blanc

Imprimé sur Munken Lynx

45€

 

Voir aussi l’Édition Collector
30 exemplaires, avec un tirage 18×24 cm signé et numéroté.

Gröna Lund

 

 

Gröna Lund est la réédition du premier livre d’Anders Petersen Gröna Lund om människör pa ett nöjesfalt publié par Fyra Förläggare à Stockholm en 1973.

 

À la suite du Café Lehmitz, cette série est elle aussi produite dans un univers clos, l’un des plus vieux parcs d’attraction suédois datant de 1883, situé sur l’île de Djurgarden à Stockholm.

 

Dans cette relecture de l’édition de 1973, Anders Petersen manifeste l’évolution de son approche. Une sélection plus intense, une énergie plus organique conduisent Gröna Lund vers cette sensibilité presque animale qui transparaît dans ses ouvrages plus récents. Un style âpre et nerveux, une sélection d’images plus silencieuses et mélancoliques, évacuant l’euphorie de la fête.

 

Une première édition de ce livre a été édité à 300 exemplaires signés et numérotés, à l’occasion de l’exposition à la Galerie VU’ de tirages d’époque datant de la première édition. Une seconde édition non signée est désormais disponible.

 

 


 

Préface

Tous distingués dans de longues capes flottantes, épaisses et étoilées, comme des aveugles qui se retrouvent enfin, après un silence de mille ans, nous nous touchons le visage, les bras et les mains.

 

Elise est là. Sa veste en jean glisse le long de ses épaules nues, la peau pleine à craquer, ses œstrogènes se mélangent à son parfum de vanille saturé, prête à la désintégration. Plus loin, des spirales rouges et blanches nous happent vers les sommets de grands pilonnes. Madeleine, on n’y peut rien. Ni toi, ni moi. C’est comme ça, tout commence quand ça se termine. En altitude, des wagons attaquent des virages comme pour ressusciter la mort. Toute une vie passée là, sans s’en rendre compte, sans se l’avouer. On n’est pas sérieux quand on est vivants.

 

Les sirènes nous arrachent à nos déhanchements, Jim a du gagner quelque chose, quelque part. Les gens sont tout petits sous ses pieds. La ville vue d’ici, c’est la promesse et la menace dans le même ventre. Lili, viens voir. Arrête, tu sais bien que je n’aime pas quand tu parles de ça. Mais ce n’est pas moi qui en parle, c’est là, sous nos yeux. On vit chevauchant des arbres de noël qui clignotent dans le noir. Arrête je t’ai dit. Les lumières s’allument et s’éteignent à toute vitesse. En bas, ça fourmille comme dans un kaléidoscope. Mesdames, mesdemoiselles, messieurs !

 

Qu’aurions-nous fait si nous l’avions su plus tôt ? Je ne sais pas. Alors qu’elles actionnent leurs oblongues comme on découpe un décor de cinéma, les gars s’amènent en meutes. Celui qui s’en éloigne à toujours une bonne raison de le faire. Souvent il revient les chaussures scintillantes d’urine, une autre pinte à la main, auréolé d’un sourire vengeur. Aurions-nous inventé des choses ? Sûrement.

 

De grosses mouches noires rugissent, effectuant des vols géométriques perturbés, affolées par tout ce sucre et ce miel, ces bières et puis ces fronts en sueur. Je ne voudrais pas crever, enfin pas comme ça, là, maintenant.

 

Hans et Mathilde dansent, incrédules et tranquilles, vers une tendresse apprise. L’odeur de friture se dépose délicatement dans son chignon. Dès leur attribution, les peluches mutent pour devenir des totems. Nous leur faisons jouer notre comédie. On découvre de nouvelles haleines au gré des bousculades joyeuses et des rires agités. Le garçon, les bras collés au corps, le regard agrippé aux seins de cette fille qui baigne toute entière dans les bras de son voyou, a cessé de respirer. Entre ce corps et lui, plus rien n’existe, sauf ses cheveux trop longs. Là-bas, il y a un trou dans le grillage dans lequel lui seul passerait si ça tournait mal. A tous les coups on gagne.

 

Des galaxies électrifiées s’offrent aux yeux de ceux qui les regardent. Ici, pas de perdant. Les freins des manèges grincent quand le parquet des danseurs claque. Fumée de cigarette, pétards insoumis, haut-parleurs mal réglés et ce nourrisson qui dort dans son landau. Hans, reviendrons-nous l’année prochaine ?

 

A présent, nous ne sourions plus que par désir, célébrant une absurdité apaisante. Des hordes de chevaux gigantesques se cambrent comme des démons, montés par des femmes revêtues d’armures métalliques aveuglantes, et percent les allées bondées sans que personne n’y prête attention. La poussière inonde nos verres et nos assiettes, qu’importent nos difformités, reprenons nos valses là où nous les avions laissées. L’apocalypse attendra.

 

A. Cottebrune


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